Léa... par Dr. Christine Bodemer
Page 1 sur 1 • Partager •
Léa... par Dr. Christine Bodemer

Léa, petite Léa, tu es enfin débarrassée de ce corps qui te faisait tant souffrir. Tu l'as quitté doucement, en t'envolant comme un papillon... doucement, doucement.
Tu connais maintenant tous les secrets, toutes les sagesses, petite fille plus sage que le plus sage d'entre nous! Je t'imagine pouvant marcher, enfin, petite elfe si légère au milieu des anges, ton Nono, blottie dans tes bras, légère et heureuse, libre.
J'ai mal, petite Léa, non plus pour toi enfin apaisée, mais pour ceux qui t'aiment tant, tes parents, grands-parents, et tous ceux qui t'ont suivie dans ce si court voyage parmi nous, petite fée envolée, à peine cajolée... J'ai mal petite Léa, pour moi, aussi... avec eux... parmi eux...
J'ai essayé d'absorber un peu de la souffrance de ton papa, de ta maman, de tes grands-parents... ce dimanche si triste... essayer d'absorber leur détresse pour les soulager... un peu... Je les aime tu sais, ils sont si courageux, combatifs, vulnérables, aimants, bousculant, conquérants, pour toi qu'ils ont tellement aimée... qu'ils aiment tant.
Je suis en colère, Léa, une colère, une rage terrible pour tant d'impuissance à mieux te soulager, à te guérir... Je te demande pardon pour cela... Mais, je me dis que toi maintenant tu sais combien nous travaillons tous pourtant, sans relâche, pour vaincre cette intolérable maladie... Je me dis que la force de cette colère, je vais la garder bien vivace en moi pour qu'elle alimente encore et encore, s'il le fallait, mon énergie à poursuivre ce combat, ma volonté à chercher, à soulager. Je la garde cette colère au fond de moi comme une petite flamme qui ne s'éteindra pas, et qui porte ton nom, et aussi celui de Fatou, Livia, Romain, Fatima... Et comme à eux, je te fais la promesse de ne jamais abandonner, de ne jamais, aussi, renoncer à être sur le terrain avec toute l'équipe médicale et paramédicale, chaque jour... Je les aime ceux-là tu sais, ils sont formidables même si, comme moi, ils sont parfois maladroits, impuissants, sans solution miraculeuse. Je suis fière de travailler avec eux, comme je suis honorée de t'avoir connue, de te porter en moi, avec tes parents.
A essayer de canaliser la force de cette terrible colère, afin qu'elle me rende plus forte dans le combat contre la maladie, je m'apaise... et je peux penser à toi presque en souriant...
Penser à tes rires d'enfants avec Sébastien lorsque tu tapais sur le xylophone, penser aux moments où tu chantonnais, au moment où, assise sur ta poussette, tu collectionnais les cailloux du chemin avec la complicité de ton grand-père... Je pense «aux câlins de dos» que tu demandais avec exigence, fière de mener tout ton petit monde; tous ces câlins qui avaient pour but de soulager tes démangeaisons insupportables... mais qui rapidement devenaient des instants de tendresse, d'apaisement et qui faisaient sans doute autant plaisir à toi qui les recevait qu'à celui qui les donnait... sauf qu'il aurait fallu ne jamais les arrêter ces câlins... et pauvres de nous, rattrapés par le travail d'une journée!
Je repense à toi dans les bras de ton papa. Combien j'étais émue alors de voir tout l'amour qui passait de l'un à l'autre, comme si le premier n'était que le prolongement du second, vous deux seuls au monde dans une bulle d'amour où les mots étaient inutiles. Je repense à toi accueillant ta maman avec impatience et bonheur, cette maman pleine d'énergie dont la grande silhouette semblait vouloir se déployer au dessus de toi et de tous les siens, pour les protéger... Toi l'accueillant avec bonheur, mais bientôt râlant aussi. Opposition d'une fille et d'une mère certaines de pouvoir tout attendre et tout demander de l'autre, et dont l'amour était une évidence presque... palpable! Regard acéré d'une mère épiant tout ce qui pouvait heurter son petit, avec un sens aigu de l'observation et de l'intuition. Amour toujours.
Je repense à toi en train de parler de Maxime ton petit frère dont tu étais très fière... tout en cherchant à comprendre pourquoi il était si différent. Je suis profondément heureuse que tu aies connu Maxime, car j'ai vu une belle rencontre. Maxime ne sera jamais toi. Tu ne seras jamais Maxime.
Petite Léa, tes parents t'ont tant aimée, votre histoire était si fusionnelle que je crois que, trop fatiguée par un combat trop dur pour un petit papillon comme toi, tu as attendu qu'ils ne soient pas seuls pour doucement t'autoriser à t'envoler, te reposer. Qu'ils ne soient plus seuls alors que tu avais fait d'eux de vrais parents Ils étaient à la dérive, tu les as construits comme des lions prêts à se battre pour leurs enfants, pour tous les enfants. Tu as fait d'eux des adultes, meurtris aujourd'hui mais forts demain pour toi qu'ils portent en eux, pour Maxime à qui on racontera ton histoire un peu plus tard, doucement, et forts aussi j'espère pour eux qui méritent d'être un peu heureux.
D'ailleurs, il faudra peut être leur apprendre à s'autoriser à être un peu heureux, mais Maxime est là pour ça. Car Maxime et toi vous savez bien que même si c'est un autre chapitre qui s'ouvre c'est toujours le même livre qui s'écrit: l'histoire d'une vraie famille, l'histoire de Léa qui n'est pas Maxime, de Maxime qui n'est pas Léa et de leurs parents qui on tant de chose à donner, parce que tu leur a tant appris et apporté.
Dors mon ange, nous t'aimons, nous continuerons le chemin. Dors petit coeur, nous sommes tous là avec toi. Ne t'inquiète pas pour ta famille, nous sommes là aussi pour elle, toujours.
Je te fais un dernier «câlin de dos» pour qu'il te pousse les ailes d'ange les plus grandes qu'on ai jamais vues.
Dors petite Léa. Nous t'aimons.
Dr. Christine Bodemer
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum



